ANTICOR REND UN VIBRANT HOMMAGE À LA FEUE RÉPUBLIQUE IRRÉPROCHABLE...

Publié le par ANTICOR 78

Lors de sa cérémonie annuelle de remise des Prix éthiques et des Casseroles, le 11 octobre à Paris (reportage des Inrocks à ce lien), Anticor a rendu un vibrant hommage à notre "République irréprochable" trop tôt disparue. Voir l'intervention de J-Luc Trotignon, responsable d'Anticor Yvelines, ci-dessous :

" Comme dans toute cérémonie annuelle de remise de Prix qui se respecte, malheureusement Anticor a aussi un hommage à rendre, au sujet d’une disparition qui nous a tous particulièrement touchés au sein du Bureau d’Anticor… Je vais donc me permettre de vous demander de vous lever, pour une minute de silence, afin de célébrer, dans le recueillement, la disparition de la « République irréprochable » que l’on nous avait promis en 2007…

 (Toute la salle s'est levée, dans un recueillement des plus souriants...)

Merci !... Effectivement, en 2007, un candidat à l’élection Présidentielle - que nous ne nommerons pas par respect de sa vie privée - avait promis à tous les français de mettre en place une République absolument irréprochable, au niveau de l’éthique, pendant tout son mandat, s’il était élu.

Malheureusement, d’année en année, nous avons dû assister à la régulière agonie de sa « République irréprochable »…

Deux affaires impliquant directement l’Elysée ont fait qu’Anticor est monté au créneau, pour une action citoyenne en Justice : l’affaire Pérol, toujours en cours mais sans nous, et l’affaire des sondages de l’Elysée, dont le marché étonnant et sans appel d’offres avait été mis à jour par la Cour des Comptes. Au passage, nous avons plaidé hier par la voix de notre avocat Maître Jérôme Karsenti, devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris, qui indiquera le 7 novembre si l’information judiciaire peut être lancée dans cette affaire pour laquelle nous sommes la seule partie civile, et dans laquelle notre recevabilité n’est pas contestée.

Mais une « République irréprochable » se reconnaît bien sûr surtout, pour nos concitoyens, à son « Gouvernement irréprochable », uniquement composé de Ministres éthiquement irréprochables… Or les français ont régulièrement dû avaler quelques couleuvres du côté de l’intégrité de certains…

- Commençons par le numéro 2, de notre « Gouvernement irréprochable » : Alain Juppé, repris de justesse au gouvernement pour la fin du mandat, condamné en 2004 pour prise illégale d’intérêt dans l’affaire des emplois fictifs du RPR, pour lesquels le Tribunal de première instance avait jugé que, je cite : « Alain Juppé a, alors qu’il était investi d’un mandat électif public, trahi la confiance du peuple souverain ». Alain Juppé qui s’est fait ré-élire Maire de Bordeaux en 2008, en certifiant aux électeurs, à qui il demandait confiance, qu’il ne serait plus jamais à la fois Maire de Bordeaux et Ministre, car il leur promettait de ne se consacrer qu’à sa ville… Enfin Alain Juppé qui devait venir témoigner à la demande d’Anticor au récent procès Chirac et qui s’est finalement trouvé la-Lybie en béton l’empêchant de venir… Mais Alain Juppé, Ministre d’Etat irréprochable aux yeux du Président de la République irréprochable !... Rappelons la définition d’irréprochable du Petit Robert : « A qui on ne peut faire aucun reproche », au niveau de l’éthique donc…

- Alain Juppé a d’ailleurs remplacé début 2011 au Ministère des Affaires étrangères un autre Ministre irréprochable : Michèle Aliot-Marie, tellement irréprochable qu’elle avait dû démissionner, suite à une accumulation de confusion des genres inacceptable, mais pour laquelle elle ne voyait elle-même aucun problème. Il faut reconnaître que ce n’est pas sa faute si les tunisiens ont choisi de se révolter pendant ses vacances, sous ses survols du territoire, dans le jet privé d’un proche du pouvoir. Elle avait même expliqué que, les Affaires étrangères, lorsqu’elle était en vacances à l’étranger, c’était pas son affaire…

- Utilisation d’un jet privé qui nous ramène à un autre ancien membre du gouvernement de la République irréprochable : Alain Joyandet, dont Médiapart nous avait révélé qu’il avait fait régler aux contribuables 116 500 euros de location de jet irréprochable, pour pouvoir participer à une conférence sur la reconstruction d’Haïti, sans manquer le Conseil des Ministres du lendemain, ce que le Président lui aurait certainement reproché à juste titre… Alain Joyandet qui a également dû retirer, suite aux révélations du Canard Enchaîné, une demande de permis de construire très généreuse du mètre carré, qu’on lui avait pourtant déjà accordé, pour l’agrandissement sa maison près de Saint-Tropez.

- Alain Joyandet qui, à cette époque, était d’ailleurs collègue au Gouvernement irréprochable de Christian Blanc, grand amateur de cigares devant l’Eternel et devant le contribuable, à qui l’on a reproché de s’être fait offrir 12 000 € de cigares par les finances publiques. Il y a certes eu ensuite remboursement par la force des choses, et Christian Blanc conteste ce montant en Justice. Mais lorsqu’il a indiqué sur France 2 qu’en réalité il ne devait pas y avoir eu plus d’un quart de la somme qui avait réellement servi à lui acheter ses cigares personnels, cela n’avait pas l’air de le gêner outre mesure que les contribuables aient pu lui régler ces 3 000 € de cigares à l’époque…

- Et puis, le gouvernement irréprochable de la République irréprochable, c’est aussi Christine Largarde, pour laquelle la Cour de Justice de la République a ouvert début août une enquête, concernant son rôle dans l’arbitrage Tapie-Crédit Lyonnais, pour complicité de faux et complicité de détournement de biens publics. Mais attention là : il ne s’agit que du déclenchement d’une enquête, donc nous devons respecter la présomption d’irréprochabilité…

- C’est encore Brice Hortefeux dont certains propos sur de pseudo-auvergnats ont été jugés « méprisants » et « outrageants » par le Tribunal qui l’en aura finalement relaxé, pour cause d’irrecevabilité de la plainte du MRAP. Brice Hortefeux, qui a l’irréprochabilité républicaine chevillée au corps, condamné en première instance pour atteinte à la présomption d’innocence en décembre 2010, dans l’affaire des fuites du dossier Bettencourt auprès du Monde. Et Brice Hortefeux, pour lequel la Justice - qui l’a entendu - s’interrogeait récemment au sujet du respect du secret de l’instruction dans un volet de l’affaire Karachi, à cause de certains de ses appels téléphoniques. Mais pour lesquels - rappelons-le - il y a à l’heure actuelle à respecter la présomption d’erreur téléphonique…

- Et puis une « République irréprochable », cela se juge aussi dans les détails des nominations et des méthodes. La nôtre, c’est celle qui nomme PDG de l’INA Mathieu Gallet sans passer par la commission de déontologie de la fonction publique, c’est celle qui nomme au printemps dernier Préfet de Gironde et d’Aquitaine Patrick Stéfanini, définitivement condamné en 2004 pour prise illégale d’intérêt avec Alain Juppé.

- Question méthode, c’est une République qui invente par exemple une variante des écoutes téléphoniques, dans l’affaire des fadettes de Gérard Davet du Monde, permettant de violer la protection du secret des sources de la presse…

- Enfin, « last but not least » de la liste, j’ai volontairement laissé de côté l’un des emblèmes éthiques de la République de notre Président irréprochable : Eric Woeth, que mon ami et co-Vice-Président d’Anticor Jean-Pierre Guis viendra particulièrement honorer tout à l’heure…

         C’est donc pour l’ensemble de ces raisons, passées, présentes, et sans doute à venir, qu’Anticor présente ses plus sincères condoléances aux français, pour la disparition de feue la « République irréprochable » qui leur avait été promise en 2007, en lui attribuant cette casserole irréprochable ! "

 

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